La Grand’ Anse, le difficile relèvement

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Deux mois après le passage de l’ouragan Matthew, les cours ont repris à l’école nationale Catherine Flon de Jérémie. Ils sont dispensés sur la galerie de l’école. Écoliers et professeurs sont au rendez-vous, l’un avec le désir d’apprendre et l’autre le désir d’enseigner. Les deux partageant une même crainte, que cette bâtisse ne leur tombe sur la tête. Mais, dans l’ensemble, rien n’a bougé. Les gens manquent cruellement de tout.

Deux mois après le passage de l’ouragan Matthew, la Grand’ Anse  tente de changer de décor. À première vue, une lueur d’espoir semble poindre à l’horizon. Le feuillage vert pousse peu à peu sur les arbres desséchés laissés par Matthew. Les maisons sont rapiécées tant bien que mal avec des morceaux de tôles rouillées et/ou des bâches distribuées par les différentes ONG intervenant dans la zone. Certaines écoles ont repris, sur les galeries, dans les cours, sous les tentes ou dans des abris de fortune. L’essentiel est de fonctionner. Elèves et enseignants sont au rendez-vous l’un avec le désir d’apprendre et l’autre le désir d’enseigner. Ils viennent comme ils peuvent, sans uniforme, certains les mains vides. « Tout a été emporté par le cyclone, mais l’essentiel c’est d’être en vie », explique une enseignante.

Dans ce tableau se cachent de tristes réalités. Des deux côtés de la route, des enfants des deux sexes, entre 5 et 12 ans, qui mendient pullulent, courant après les véhicules, sans faire attention aux fossés qui longent la route, avec l’espoir que leur acharnement sera récompensé. Le plus souvent, ce sont  les voitures qui l’emportent. Ils auront couru, parfois toute une journée, pour rien. Jimmy, chauffeur de bus assurant le trajet Port-au-Prince – Jérémie, déplore cette réalité. Il compatit à la misère de ces enfants qui le connaissent bien. « Des fois, quand j’ai les moyens je leur donne quelque chose à manger, mais parfois non », a-t-il dit avec le poids de leur misère sur son cœur.  Les adultes, eux, ont une autre stratégie. Ils font semblant de boucher les trous de la route et chaque automobile doit payer son droit de passage.

Les cas de choléra ne cessent d’augmenter dans les zones reculées. À cela, vient s’ajouter la  recrudescence de la malaria et des personnes souffrant d’hypertension artérielle. Selon Chéry, une infirmière qui œuvre à Jérémie, ces cas d’hypertension artérielle sont dus aux traumatismes que le terrible ouragan Matthew de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Sympson a laissés dans la vie de ces gens qui ont presque tout perdu.

Les conséquences de la perte des récoltes commencent à se faire sentir aussi.  Des cas de malnutrition, pour la plupart sévères, sont enregistrés à l’hôpital St-Antoine de Jérémie. Sur les quinze patients se trouvant dans la salle, presque la moitié souffre de malnutrition. La prise en charge des patients n’est pas complète et leur situation socioéconomique influence grandement le comportement du personnel médical. Les parents de Claire, un bébé de quatre mois, ont tout perdu dans l’ouragan. Peu de temps après, son père est mort du choléra. Denise, sa maman, a neuf autres enfants. Elle a déjà laissé filer cinq en domesticité et a dû garder les autres parce que personne n’en voulait. Pour habiller son enfant, elle a dû quémander des vêtements.

Denise est plus que triste. Elle baisse la tête honteusement quand on lui pose des questions. « Je n’ai plus rien, je suis seule. Je viens de Marfranc. Ce sont les voisins qui ont contribué pour me donner les frais de la moto-taxi afin de me rendre à cet hôpital avec l’enfant. Je n’ai pas de draps. Les médecins me disent de ne pas étaler mes affaires, ils disent que ce sont des tissus crasseux. Voyant ma misère, une dame m’a donné ce bout de tissu », explique-t-elle avec une voix plaintive. Une minute après, elle perd patience et donne une claque à l’enfant qui refuse son médicament, ensuite elle se ressaisit et pleure : « Elle ne m’a rien fait, je ne voulais pas faire ça ».

La ville de Jérémie croule littéralement sous le poids des déchets de toutes sortes. Les gens ont déblayé leur maison et on tout déposé sur la chaussée. Contrairement à la situation qui existait peu après le cyclone, il n’y a plus de camions à l’effigie de candidat pour aider au ramassage des déblais.  Les services de la voirie sont inscrits aux abonnés absents.

Comme toujours, chacun essaie de vaquer à ses occupations. En attendant, la catastrophe silencieuse prend peu à peu le contrôle du département et ne tardera pas à éclater au visage des autorités.

 

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