Il ne faut pas croire que Donald Trump est un ami de la Russie

L’Europe tend à considérer comme acquise la collusion entre le président américain et Vladimir Poutine. Mais les relations pourraient être plus compliquée que prévues. Voilà pourquoi, nous explique le spécialiste Dmitri Trenin.

Dimitri Trenin, qui dirige à Moscou le Think Thank Carnegie, spécialisé dans les relations internationales, analyse les futures relations du nouveau président des Etats-Unis Donald Trump avec la Russie. (*)

 

“Il faut abandonner l’illusion selon laquelle le nouveau président est un ami de la Russie, de même que l’idée qu’avec lui, les relations entre Moscou et Washington seraient forcément plus faciles qu’avec son prédécesseur.”

 

Certes, selon lui, la victoire de Donald Trump ouvre de nouvelles chances de dialogue, qui avaient disparu ces dernières années : “Elle ne va pas entraîner une refonte de fond en comble des relations entre les Etats-Unis et la Russie mais pourrait à certaines conditions ouvrir un champ d’opportunités pour une amélioration des relations entre les deux puissances.”

 

Pacte faustien

Rien n’est joué pour autant : “En novembre, les célébrations qui ont eu lieu à Moscou pour fêter les élections Américaines auraient dû saluer la défaite d’Hillary et non la victoire de Trump.” Selon le politologue, l’entourage du nouveau président, de même qu’une partie de l’establishment de Washington, est loin d’être pro-Russe :

 

“Certes, le programme de politique internationale n’a pas encore été défini, mais on peut déjà noter que le président s’est entouré de personnalités connues pour leur scepticisme, voire même leur hostilité vis à vis de la Russie.”

 

Dmitri Trenin va même plus loin : “On peut raisonnablement penser que les élites politiques de Washington ont offert à Donald Trump un pacte faustien, lui accordant sa légitimité, mais en échange, son administration reconnaît la Russie comme un ennemi des Etats-Unis. Trump ne l’a pas encore accepté.” En tout cas pour l’instant.

 

Des objectifs divergents

Les pronostics basés sur une amitié virile entre deux “hommes forts” ne tient pas plus la route, ajoute l’expert. Les personnalité des deux hommes, calculateur pour l’un, impulsif pour l’autre, sont radicalement différentes. Principal point commun en revanche : ils sont profondément nationalistes. Résultat :

 

“Quelles que soient les relations entre les deux leaders, leurs décisions seront basées sur ce qu’ils considéreront comme les seuls intérêts des pays qu’ils représentent.

 

Or, dans un avenir proche, les intérêts fondamentaux de la Fédération de Russie et ceux des Etats Unis resteront divergents. Les Etats-Unis vont tacher de maintenir l’hégémonie d’un ‘leadership global’ sur le monde.

 

De son côté, la Russie va vraisemblablement tenter d’y résister en bâtissant un réseau de relations autour de la Grande Eurasie, libre de toute domination américaine. Cette rivalité va être l’élément central des relations entre la Russie et les Etats-Unis dans les années à venir.”

 

Ce clivage pourra-t-il être dépassé ? Pas si simple. “Il faudrait pour cela que la classe politique américaine – et pas juste Donald Trump – commence à considérer que les intérêts nationaux américains sont plus importants que la domination du monde, et accepte d’envisager une forme de gouvernance mondiale alternative intégrant la participation d‘autres joueurs de premier plan. Une telle révolution dans la politique étrangère, si elle a jamais lieu aux Etats-Unis, n’est pas pour demain.”

 

Un langage commun ?

Dans ce contexte, plusieurs défis attendent pour lui la Russie :

 

– “Eviter une collision frontale avec les Etats-Unis”, un risque majeur compte tenu des conflits en Ukraine et en Syrie.

 

– “Obtenir des Etats-Unis la reconnaissance des enjeux sécuritaires russes en Europe afin de prévenir l’émergence d’une dangereuse nouvelle crise.”

 

– “Obtenir des résultats diplomatiques ménageant les intérêts des deux camps, – depuis la réponse effective au terrorisme international, jusqu’au renforcement du programme de non prolifération nucléaire, tout en maintenant une politique de stabilité globale.”

 

Mais attention : “Moscou ne doit pas mendier de concessions à Washington. Les sanctions américaines contre la Russie sont secondaires pour l’économie de la Russie et les contraintes personnelles contre des individus et des hommes d’affaires sont purement symboliques. […]”

 

Il est essentiel selon lui que la Russie soit considéré par les Etats-Unis comme un partenaire de premier plan : “Une coalition militaire impliquant les Etats-Unis et la Russie contre Isis est possible, mais seulement s’il s’agit d’une coalition entre égaux.” […]

 

“Moscou devrait inclure les Etats-Unis dans la résolution de la crise en Syrie ou au moins s’assurer qu’ils n’interfèrent pas dans ce processus. Il est aussi possible de travailler sur l’amélioration concrète des accords de Minsk en Ukraine […]. La Russie et les Etats Unis peuvent aussi initier un dialogue sur la stabilité dans le monde, la cybersécurité, le programme nucléaire nord-coréen. De son côté, la Russie peut engager une coopération en Arctique en impliquant des compagnies américaines dans des projets d’infrastructure dans le Grand Nord […].

 

En revanche, alors que Donald Trump a ouvert un front contre la Chine, désigné comme l’ennemi, les divergences des deux pays sur le sujet restent irréconciliables : “La Russie ne doit à aucun prix entrer dans le débat américain sur l’opportunité de mettre la pression sur la Chine. Un partenariat stratégique et une coopération avec la Chine et d’autres grands pays d’Asie, comme l’Inde, sont la base de la stratégie Russe pour une grande Eurasie, la priorité économique et géopolitique pour la Russie du XXIe siècle.”

 

Conclusion du politologue :

 

“Ces cinq dernières années, les relations entre la Fédération de Russie et les Etats-Unis ont été marquées par l’instabilité, des surprises déplaisantes et des accusations mutuelles, en même temps qu’une absence totale de confiance et de respect mutuel.

 

Si Vladimir Poutine et Donald Trump sont capable de trouver un langage commun autour d’intérêts nationaux, et ce en dépit de différences fondamentales, et d’une rivalité inévitable, l’opposition Russie-Etats-Unis peut devenir plus gérable. Dans les circonstances actuelles, on peut considérer cela comme une victoire.”

 

(*) Cette analyse est parue dans sa version intégrale le 18 janvier sur le site d’Euronews.

 

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